Correction de roman en temps de confinement

  • 6 mai 2020

Une commande de circonstance

Quoi de plus à propos pour Ancrages que de se voir confier la correction d’un manuscrit en cette période de télétravail exclusif. Et quel manuscrit ! Premier roman destiné à l’édition, gros volume d’environ huit cents pages, écrit en six livres, il est clair que sa correction rime aussi avec déconfinement. Deux mois de travail de fond.

Quel type de correction ?

D’ailleurs que fait-on sur une telle œuvre ? Que veut dire correction au regard d’une première création si foisonnante et si ambitieuse, si importante pour l’auteur ? Parce que certes la correction orthographique et typographique est au programme, on n’envoie pas un manuscrit avec des erreurs à l’éditeur. Mais cela suffit-il à mettre les feuillets sous enveloppe ? Non, le manuscrit doit être lu au préalable, de façon attentive et analytique, avec empathie et esprit critique, lu pour les finitions, lu pour être magnifié. C’est ce qu’on appelle la révision littéraire. Elle est tout aussi importante pour l’auteur qui, par ces premiers retours sur son texte, ces premiers pincements qu’il peut ressentir à voir pointer des incohérences ou des lourdeurs, trouve une nouvelle distance pour regarder et comprendre ce qu’il a écrit. Elle le prépare aussi au rapport à l’éditeur.

Concertation et retenue

Le correcteur commence alors par ce que je me permets d’appeler « le pistage » dans l’acception la plus ouverte de ce mot, en écho à la démarche d’observation et de compréhension du monde vivant si joliment décrite par Baptiste Morizot dans Manières d’être vivant. Précisons que cette image me vient d’autant plus facilement à l’esprit que l’œuvre « pistée » est un roman d’aventures dont le message en filigrane est un humanisme attentif à son environnement. Puis vient le moment de formuler les remarques de façon à ce que l’auteur puisse faire des choix d’interventions à réaliser par lui-même et par le correcteur. Ces remarques peuvent être nombreuses parce que le correcteur se doit de tout relever. Pourtant selon moi, la meilleure attitude à avoir, la plus respectueuse de l’œuvre à son origine et dans son originalité, est d’intervenir le moins possible et bien. Faire les bons choix, à quoi touche-t-on ? S’ouvre là une discussion entre correcteur et auteur, un conseil tenu à deux d’où sortiront les réponses les plus judicieuses à la question.

Voilà, à l’heure où j’écris cet article, je suis précisément à cette étape charnière.

À suivre avec Ancrages, dans un prochain article.